Tester un MOSFET de puissance : sur la carte et hors circuit
Cartes de commande moteur de tapis de course, variateurs, alimentations à découpage : comment tester un MOSFET au multimètre, lire les mesures sans conclure trop vite, trouver le composant en défaut parmi plusieurs et confirmer le diagnostic sous charge.
Un MOSFET se teste, il ne se condamne pas sur une seule mesure
Le MOSFET de puissance est l’interrupteur électronique des cartes qui pilotent un moteur, une alimentation à découpage ou un variateur. C’est aussi l’un des composants qui lâchent le plus souvent : surintensité d’un moteur fatigué, surtension, échauffement, commande de grille défaillante. Sur une carte de commande moteur, plusieurs MOSFET travaillent souvent ensemble, montés en parallèle ou en pont.
Le contrôle au multimètre est rapide, mais il se lit avec méthode. Sur la carte, les composants voisins faussent les mesures ; hors circuit, un MOSFET qui réussit le test diode peut encore lâcher sous charge. Cette page détaille la démarche que nous suivons sur banc, du premier relevé à la remise en service, pour les techniciens de maintenance comme pour les responsables d’équipement qui veulent comprendre un diagnostic.
En bref : carte déchargée, multimètre en mode diode, MOSFET canal N. Pointe rouge sur la source, noire sur le drain : la diode interne affiche environ 0,4 à 0,7 V. Pointes inversées, grille déchargée : OL. Entre grille et source, comme entre grille et drain : OL dans les deux sens. Une valeur proche de 0 V dans les deux sens entre drain et source signale un court-circuit, à confirmer hors circuit.
Grille, drain, source : les identifier avant de mesurer
Toujours partir de la référence lue sur le boîtier et de sa fiche technique. Les brochages ci-dessous sont les plus courants, pas une règle : un IGBT, un MOSFET canal P ou un boîtier double se mesurent autrement.
Les polarités à connaître
MOSFET canal N
Diode interne : rouge sur S, noir sur D. Mise en conduction au multimètre : rouge sur G, noir sur S, si le seuil de grille est bas. C’est le cas traité sur cette page.
MOSFET canal P
Diode interne : rouge sur D, noir sur S. Toutes les polarités sont inversées : la grille se commande en dessous de la tension de source.
IGBT
Avec diode de roue libre intégrée : rouge sur E, noir sur C. Sans diode, OL dans les deux sens. Seuil de grille d’environ 4 à 7 V, rarement atteint par un multimètre.
MOSFET SiC
Diode interne à forte chute, environ 2,5 V ou plus : beaucoup de multimètres affichent OL. Les tensions de commande de grille sont propres à chaque modèle.
Ce que le multimètre affiche vraiment
En mode diode, l’appareil fait passer un faible courant et affiche une tension, pas une résistance. Voici les quatre relevés d’un MOSFET canal N sain, hors circuit.
Mode diode
Environ 1 mA traverse la jonction, l’écran affiche sa chute de tension en volts. Sa tension à vide, de quelques volts, suffit à charger une grille, et parfois à rendre le MOSFET passant.
Mode continuité
Le bip retentit sous un seuil de quelques dizaines d’ohms. Il sonne aussi à travers un bobinage ou une résistance faible : un bip ne prouve pas un court-circuit.
Mode ohms
Utile pour les résistances de grille et l’isolation entre languette et dissipateur. Peu fiable pour juger une jonction, dont la lecture dépend du calibre.
Drain-source, sens passant
Rouge sur S, noir sur D : environ 0,4 à 0,7 V
C’est la diode interne du MOSFET. 0 V signale un court-circuit, OL un composant coupé. La valeur exacte dépend du composant et du multimètre, entre 0,3 et 0,9 V environ.
Drain-source, sens bloqué
Rouge sur D, noir sur S, grille déchargée : OL
Le canal est bloqué. Une valeur basse qui persiste après décharge de la grille signale un court-circuit drain-source, la panne la plus fréquente.
Grille-source
Dans les deux sens : OL
La grille est isolée par une couche d’oxyde. Une valeur basse ou nulle signale une grille percée, souvent après une surtension. Certains MOSFET intègrent une protection de grille : voir la fiche technique.
Grille-drain
Dans les deux sens : OL
Une conduction entre grille et drain signale un composant détruit, qui a souvent emporté sa résistance de grille et son driver avec lui.
Avant de conclure à un court-circuit : reliez un instant la grille à la source pour la décharger, puis remesurez entre drain et source. Une grille restée chargée après une mesure grille-source suffit à rendre le MOSFET passant et à afficher une valeur basse.
Tester un MOSFET sur la carte, en six étapes
Sur la carte, chaque mesure inclut les composants raccordés au même nœud. La démarche consiste à relever, comparer, puis isoler seulement si le doute persiste.
Sécuriser
Carte hors tension, bus déchargé et vérifié au voltmètre, moteur et charges externes débranchés : un bobinage resté connecté fausse toutes les lectures.
Inspecter
Traces de chauffe, boîtier fendu, résistance de grille brûlée, soudures fissurées autour des pattes, fréquentes sur les cartes chaudes et soumises aux vibrations.
Repérer
Relever la référence, confirmer grille, drain et source dans la fiche technique, noter les MOSFET qui partagent les mêmes rails.
Mesurer drain-source
Mode diode dans les deux sens, grille déchargée si elle est accessible. Une valeur qui monte lentement vers OL est un condensateur qui se charge, pas un défaut.
Mesurer la grille
Grille-source et grille-drain dans les deux sens. Une résistance de rappel, une Zener ou le driver donnent une lecture : en mode ohms, une résistance affiche la même valeur dans les deux sens, une jonction non.
Comparer, puis isoler
Comparer chaque relevé aux canaux identiques de la carte ou à une carte saine. Si l’anomalie reste ambiguë, localiser le composant en défaut ou lever une patte.
Autour du MOSFET : contrôlez aussi la résistance série de grille, la résistance grille-source, la Zener de protection, le driver et son alimentation, le shunt de mesure de courant et la diode de roue libre. Une commande de grille absente ne signifie pas que le MOSFET est mort.
Trois MOSFET sur les mêmes rails : lequel est en court-circuit ?
Sur une carte de commande moteur, plusieurs MOSFET partagent souvent le même rail de drain et le même rail de source. Si un seul est en court-circuit, le multimètre affiche la même valeur aux pattes de chacun : la mesure aux pattes ne désigne pas le coupable.
Sur banc, nous localisons le défaut sans tout dessouder :
Quelle patte lever pour isoler un MOSFET ?
Sur un TO-220, la patte centrale et la languette sont toutes deux reliées au drain. Lever la patte centrale n’isole rien tant que la languette reste soudée, vissée sur un conducteur ou en contact avec le dissipateur.
Patte centrale levée : rien n’est isolé
Le drain reste raccordé par la languette
La mesure drain-source passe toujours par le reste du circuit : la lecture ne change pas, et l’on accuse à tort le composant ou ses voisins.
Patte source levée : le chemin drain-source est isolé
Mesurer entre la patte levée et la languette
La source est la patte latérale qui ne touche pas la languette. Pour isoler la grille, lever la patte G. Sur un D2PAK ou un DPAK, le drain est la pastille soudée : le composant se dépose entièrement.
Vérifier qu’un MOSFET commute encore
Composant dessoudé, pattes propres, manipulé avec un bracelet antistatique : la grille est isolée par un oxyde très fin, sensible à l’électricité statique. Le test rapide vérifie qu’un MOSFET canal N passe de bloqué à passant, puis se bloque de nouveau.
1Décharger la grille
Relier un instant la grille et la source, avec un fil ou la pointe d’une pince.
2Mesurer drain-source
Rouge sur D, noir sur S : OL attendu, le canal est bloqué.
3Charger la grille
Rouge sur G, noir sur S pendant une seconde environ : la tension du multimètre charge la grille.
4Remesurer drain-source
Une valeur faible indique que le canal conduit. Relier de nouveau G et S : la lecture doit revenir à OL.
Le test avec alimentation
Le montage
Entre grille et source, une tension positive adaptée à la fiche technique, à travers une résistance série et avec une résistance de rappel grille-source, 10 kΩ par exemple. Vérifier la conduction, puis ramener VGS à 0 V et vérifier le blocage.
La bonne tension de grille
Pleine conduction vers 10 V pour un MOSFET standard, 4,5 à 5 V pour un modèle « logic level ». VGS(th), le seuil, ne marque que le début de la conduction.
La limite à respecter
Ne jamais dépasser VGS(max), souvent ±20 V, parfois moins. Une grille percée par une surtension ne se répare pas.
Une grille capacitive
La grille garde sa charge : la toucher au doigt ou avec une pointe peut suffire à rendre le MOSFET passant et simuler un court-circuit drain-source.
Mesurer la RDS(on) : le test qui confirme
Un MOSFET peut réussir tous les tests au multimètre et chauffer anormalement en service : sa résistance à l’état passant, la RDS(on), a augmenté. Seule une mesure sous courant la met en évidence.
Montage de principe, sur composant dessoudé et en basse tension : alimentation continue isolée et limitée en courant, charge résistive de puissance, grille commandée à la tension indiquée par le fabricant. MOSFET pleinement passant, on relève le courant ID et la tension VDS directement aux pattes, en mesure Kelvin à quatre fils pour les milliohms : RDS(on) ≈ VDS / ID.
Exemple : à 5 A, 0,10 V aux pattes donnent 0,020 Ω et 0,5 W dissipés, conforme si la fiche annonce environ 0,02 Ω. Au même courant, 1,0 V donne 0,20 Ω et 5 W : dix fois la valeur attendue, le composant est dégradé.
Un MOSFET peut réussir tous les tests et rester défaillant
Ces défauts n’apparaissent qu’en fonctionnement. Ils se recherchent sur banc, avec une charge, des instruments adaptés et des cycles d’essai.
RDS(on) trop élevée
Le composant chauffe anormalement dès que la charge augmente.
Contrôle : VDS / ID à tension de grille spécifiée
Fuite sous haute tension
Il fonctionne en basse tension et lâche à la tension nominale de la carte.
Contrôle : testeur de fuite ou d’isolement limité en courant
Défaut thermique
La panne apparaît après quelques minutes, quand la carte a chauffé.
Contrôle : chauffe ou refroidissement localisés pendant un essai
Commutation lente
Pertes en découpage et échauffement, sans défaut visible au repos.
Contrôle : oscilloscope sur VGS et VDS, sondes adaptées
Grille dégradée
Conduction irrégulière, comportement qui varie d’un essai à l’autre.
Contrôle : fuite de grille, tension de grille réelle, état du driver
Soudure fissurée
Panne intermittente, sensible aux vibrations et aux chocs thermiques.
Contrôle : inspection à la loupe, reprise des soudures des pattes
Ce que vous mesurez, ce que cela veut dire
Les situations les plus fréquentes sur banc, leur cause probable et la vérification suivante.
Drain-source proche de 0 V dans les deux sens, sur la carte
Cause possible : MOSFET en court-circuit, ou chemin parallèle
Localiser le défaut parmi les composants en parallèle, ou isoler une patte avant de conclure.
Une diode dans un sens, OL dans l’autre
Cause possible : aucune, comportement normal au test statique
Tester la grille, la commande et la charge avant de déclarer le composant bon.
Une valeur qui monte lentement vers OL
Cause possible : condensateur du bus en cours de charge
Normal : attendre que la lecture se stabilise avant de l’interpréter.
Quelques ohms entre grille et source, sur la carte
Cause possible : résistance de rappel, driver, ou grille percée
Lire la topologie autour de la grille, puis lever la patte G pour trancher.
Tous les MOSFET d’un groupe « en court-circuit »
Cause possible : nœuds communs, un seul composant suffit
Injection de courant limité, ou isolement un par un.
Bon à froid, en panne à chaud
Cause possible : défaut thermique ou de commande
Essai thermique sur banc et mesures en charge.
Aucun signal de grille en fonctionnement
Cause possible : driver, alimentation du driver, protection déclenchée
Contrôler le circuit de commande avant d’accuser le MOSFET.
Un MOSFET neuf qui claque à la remise sous tension
Cause possible : cause non traitée, driver, moteur ou isolation
Rechercher la cause avant tout nouveau remplacement.
Remplacer un MOSFET, puis traiter la cause
Un MOSFET claque rarement seul. Le remplacer sans chercher pourquoi il a lâché expose à une nouvelle panne dès la remise en service, souvent avec le composant neuf et son driver. Sur banc, nous suivons cet ordre :
Côté tapis de course : la carte subit les défauts de la machine. Balais et collecteur usés, bande et plateau qui frottent, lubrification absente font monter le courant moteur. Nous mesurons ce courant en fonctionnement et le comparons aux valeurs du fabricant avant de rendre la carte.
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Comment tester un MOSFET avec un multimètre ?
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Page à vocation pédagogique. Les valeurs indiquées sont des ordres de grandeur courants : elles varient selon les composants, les multimètres et la température. Schémas de principe : brochages à vérifier sur la fiche technique de chaque composant. Toute intervention sur une carte reliée au secteur doit être réalisée par une personne qualifiée. Photo d’introduction à titre d’illustration.
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