Tester un IGBT : méthode de diagnostic sur carte, variateur et module
Comment tester un IGBT discret ou un module de puissance : sécurité du bus continu, mesures au multimètre, test des bras d’un variateur, essai de commutation, mesure de VCE(sat) et limites des tests statiques.
L’IGBT, l’interrupteur des variateurs
L’IGBT, transistor bipolaire à grille isolée, se commande en tension comme un MOSFET et conduit les forts courants comme un transistor bipolaire. C’est lui qui découpe la tension du bus continu dans les variateurs de fréquence, les cartes moteur des tapis de course à moteur triphasé, les onduleurs, les alimentations de forte puissance, les postes de soudage et les plaques à induction.
Quand il lâche, le symptôme est souvent brutal : fusible ou disjoncteur qui saute, défaut de surintensité, moteur qui vibre ou perd une phase. Le multimètre trouve les courts-circuits francs, mais il ne dit presque rien de la capacité de l’IGBT à commuter sous charge. Voici comment tester un IGBT sur banc, étape par étape, et ce que chaque mesure permet réellement de conclure.
Bus continu : les règles qui ne se discutent pas
Un variateur garde une tension dangereuse bien après sa mise hors tension. Ces règles passent avant tout diagnostic.
325 V à 565 V sur le bus
Alimenté en 230 V monophasé, un variateur porte son bus continu à environ 325 V ; en 400 V triphasé, à environ 565 V, et davantage pendant le freinage.
Attendre, puis mesurer
Après consignation, respecter le délai de décharge du fabricant, souvent imprimé sur l’appareil, puis mesurer entre P et N (ou DC+ et DC−) avec un voltmètre de catégorie adaptée.
Décharger sans court-circuit
Si la tension reste élevée, la faire tomber avec une résistance de forte puissance tenue par des pointes isolées. Jamais d’outil métallique entre P et N : l’arc arrache les pistes et peut blesser.
Débrancher moteur et freinage
Moteur, résistance de freinage et charges externes débranchés : leurs bobinages faussent les lectures, et un moteur qui tourne encore peut renvoyer de la tension.
Boîtiers, modules et brochage
Toujours partir de la référence gravée sur le composant et de sa fiche technique : les brochages ci-dessous sont les plus courants, pas une règle.
Boîtier TO-247
Broche 1 grille, 2 collecteur, 3 émetteur. Le dos métallique est relié au collecteur, d’où l’isolant placé entre le boîtier et le dissipateur.
Avec ou sans diode
La plupart des IGBT de variateur intègrent une diode antiparallèle. Sans elle, la mesure C-E donne OL dans les deux sens, et c’est normal.
TO-247 et TO-3P
Les IGBT discrets des variateurs et des cartes moteur, montés sur dissipateur avec un isolant.
TO-247 à quatre pattes
Une patte d’émetteur Kelvin réservée à la commande. L’ordre des broches varie : fiche technique obligatoire.
TO-220 et D2PAK
Petits IGBT : la languette ou la grande pastille soudée correspond au collecteur.
Module demi-pont
Deux IGBT en série avec leurs diodes, soit un bras complet : bornes C1, C2E1 et E2, picots G1, E1, G2 et E2.
Module six-en-un
Les six IGBT d’un onduleur triphasé dans un même boîtier, bornes P, N, U, V et W.
Module PIM
Pont redresseur, onduleur et IGBT de freinage réunis, souvent avec une sonde de température CTN.
Tester un IGBT en mode diode
Le mode diode fait passer environ 1 mA sous quelques volts : assez pour lire la diode et repérer un court-circuit, pas pour faire conduire l’IGBT.
Sens passant : la diode
Rouge sur l’émetteur, noire sur le collecteur : la diode antiparallèle affiche environ 0,3 à 0,7 V. Les gros modules descendent parfois sous 0,3 V.
Sens bloqué
Rouge sur le collecteur, noire sur l’émetteur, grille déchargée : OL. Une valeur basse qui persiste après décharge de la grille signale un court-circuit ou une fuite.
Valeurs de référence, IGBT hors circuit
Réglage : test de diode
- G-E, deux sens : OL
- G-C, deux sens : OL
- C-E, rouge sur E : 0,3 à 0,7 V avec diode intégrée, OL sans diode
- C-E, rouge sur C, grille déchargée : OL
Une valeur basse ou nulle entre la grille et une autre broche signale une grille percée : l’IGBT est à remplacer.
IGBT ou MOSFET : ce qui change
Les différences utiles au diagnostic
- Seuil de grille : 4 à 7 V environ, contre 2 à 4 V pour un MOSFET standard
- Au multimètre : l’IGBT ne devient généralement pas passant, un MOSFET souvent si
- Conduction : jamais sous 0,5 V environ, on mesure VCE(sat) et non une résistance
- Diode : seulement si elle est intégrée ou ajoutée sur la carte
Un IGBT passant garde toujours une chute de quelques centaines de millivolts : 0,000 V dans les deux sens, hors circuit, c’est un court-circuit.
Tester un IGBT sur la carte : six contrôles
Carte hors tension et bus vérifié, ces contrôles orientent le diagnostic sans rien dessouder.
Sécuriser
Bus continu vérifié à 0 V, moteur, résistance de freinage et charges externes débranchés.
Inspecter
Boîtier fissuré, traces de chauffe, résistance de grille brûlée, condensateur d’amortissement gonflé, soudures fendues.
Mesurer C-E
Grille déchargée, en mode diode, dans les deux sens. Sur un variateur, plus vite depuis les bornes du bus.
Contrôler la grille
G-E et G-C dans les deux sens. Sur la carte, la résistance G-E et les Zener donnent une lecture : comparer.
Remonter au driver
Résistances de grille, alimentation isolée du driver, diode de désaturation (DESAT), optocoupleur.
Comparer, puis isoler
Les six IGBT d’un pont sont identiques : ils servent de référence. Le doute se lève hors circuit.
Grille-émetteur
OL dans les deux sens hors circuit. Sur la carte, la résistance G-E du driver, souvent de l’ordre de 10 kΩ, donne une valeur stable et identique dans les deux sens.
Grille-collecteur
OL dans les deux sens. Une valeur basse, confirmée hors circuit, signe une grille percée, souvent après un court-circuit de puissance.
Les trois bras du pont, sans démonter la carte
Dans un variateur triphasé, chaque sortie moteur U, V et W est reliée au bus continu par deux IGBT : celui du haut vers P (+), celui du bas vers N (−), chacun avec sa diode antiparallèle.
Moteur débranché et bus vérifié, le mode diode lit ces diodes depuis les bornes de puissance : une sortie à 0 V vers P ou vers N désigne le bras en court-circuit avant même d’ouvrir l’appareil.
Pont onduleur triphasé
Rouge sur W, noire sur P : la diode de l’IGBT du haut conduit, le multimètre affiche environ 0,4 V.
Bras du haut
Entre chaque sortie et P
- Rouge sur la sortie, noire sur P : 0,3 à 0,5 V
- Rouge sur P, noire sur la sortie : OL
- 0 V dans les deux sens : IGBT ou diode du haut en court-circuit
- OL dans les deux sens : diode coupée
Bras du bas
Entre chaque sortie et N
- Rouge sur N, noire sur la sortie : 0,3 à 0,5 V
- Rouge sur la sortie, noire sur N : OL
- 0 V dans les deux sens : IGBT ou diode du bas en court-circuit
- OL dans les deux sens : diode coupée
Pont redresseur d’entrée
Entre R, S, T (ou L1, L2, L3) et P, N
- Rouge sur l’entrée, noire sur P : 0,4 à 0,6 V
- Rouge sur N, noire sur l’entrée : 0,4 à 0,6 V
- Sens inverses : OL
Un fusible d’entrée coupé ne se remplace qu’après ce contrôle et celui des trois bras.
Hacheur de freinage
Borne B ou BR, avec P et N
- Diode vers P, IGBT vers N : lectures comparables à un bras, selon le schéma du fabricant
- Référence : fiche du variateur ou appareil identique
La résistance de freinage se contrôle à part, débranchée, à l’ohmmètre.
Contrôler un module demi-pont ou six-en-un
Un module réunit plusieurs IGBT et leurs diodes sur une semelle isolée : les bornes vissées portent la puissance, les picots relient chaque grille au driver.
Vue de dessus
Bornes C1, C2E1 et E2 pour la puissance, picots G1-E1 et G2-E2 pour la commande.
Schéma interne
Deux IGBT en série : la sortie du bras se trouve au point milieu C2E1.
Préparer le module
Barres de puissance et connecteur du driver débranchés. Le shunt G-E d’origine ne se retire que le temps des mesures de grille.
IGBT du haut
Rouge sur C2E1, noire sur C1 : la diode, autour de 0,3 à 0,5 V. Pointes inversées : OL. Grille G1-E1 : OL dans les deux sens.
IGBT du bas
Rouge sur E2, noire sur C2E1 : la diode. Pointes inversées : OL. Grille G2-E2 : OL dans les deux sens.
Sonde CTN et isolement
La CTN intégrée se compare à la fiche à température ambiante, par exemple 5 kΩ à 25 °C sur de nombreux modules. Entre les bornes et la semelle : OL.
Quelle patte lever sur un TO-247 ?
Le collecteur sort deux fois, par la patte centrale et par le dos métallique : lever la mauvaise patte ne prouve rien.
Patte C levée : non concluant
Le collecteur reste relié au circuit par le dos métallique dès que le dissipateur est raccordé sans isolant.
Patte E levée : isolé
Relier un instant G à la patte levée pour décharger la grille, puis mesurer C-E entre la patte E et la patte C.
Isoler la grille
Lever la patte G : la résistance G-E et le driver ne faussent plus la mesure de grille.
Vérifier l’isolement
Contrôler à l’ohmmètre que la patte levée ne touche plus son nœud avant de conclure.
Modules à bornes vissées
Débrancher les barres de puissance et le connecteur de commande : rien n’est à dessouder.
Avant la remise sous tension
Patte ressoudée, isolant en place, dissipateur serré au couple : jamais d’essai avec une patte levée.
Tester un IGBT hors circuit avec une pile 9 V
La tension du multimètre ne franchit pas le seuil de grille : une pile 9 V charge la grille, le multimètre vérifie ensuite la conduction.
1. Décharger
Un pont entre G et E, un instant.
2. Mesurer C-E
Rouge sur C, noire sur E : OL, l’IGBT est bloqué.
3. Charger la grille
Pile 9 V, plus sur G et moins sur E, une seconde.
4. Remesurer C-E
0,5 à 0,8 V environ : l’IGBT conduit. Un nouveau pont G-E doit ramener OL.
Si la conduction disparaît seule
Une lecture qui remonte vers OL en quelques secondes, sans que G et E aient été reliés, trahit une fuite de grille.
Si rien ne conduit à 9 V
Certains IGBT demandent davantage : refaire l’essai à 15 V, avec une résistance série de 100 Ω à 1 kΩ, une résistance de rappel G-E de 10 kΩ et une lampe ou une résistance de charge entre C et E.
Les limites à respecter
Ne jamais dépasser VGES, généralement ±20 V. VGE(th) n’est que le seuil de début de conduction : la pleine conduction est spécifiée à 15 V.
La grille garde sa charge
Toucher la grille du doigt ou d’une pointe suffit à la charger : un IGBT sain peut alors sembler en court-circuit. Toujours décharger avant de conclure.
Mesurer VCE(sat), sous un vrai courant
Sur composant dessoudé, en basse tension : alimentation isolée limitée en courant, charge résistive de puissance, grille commandée à la tension de la fiche technique, généralement 15 V. Le voltmètre se branche directement sur les pattes C et E pour ne pas compter la chute des fils.
Contrairement au MOSFET, on ne calcule pas de résistance : on compare la tension VCE mesurée à la courbe VCE en fonction de IC de la fiche, au même VGE et à la même température. Le meilleur repère reste un IGBT neuf de même référence, mesuré dans les mêmes conditions.
Montage de principe
Alimentation limitée en courant, charge, ampèremètre en série, commande de grille par RG et RGE, voltmètre aux pattes.
Ce que le test statique ne révèle pas
Un IGBT peut réussir tous les contrôles au multimètre et lâcher en service. Voici pourquoi.
Commutation haute fréquence
Invisible hors découpage
Temps de montée ou de descente anormaux, pertes de commutation, oscillations : ils n’existent qu’en PWM, à plusieurs kilohertz.
Défaut sous charge
Le multimètre ne débite qu’environ 1 mA
VCE(sat) excessif ou conduction dégradée quand le courant monte à plusieurs ampères, voire plusieurs centaines.
Panne à chaud
La mesure se fait à froid
Dégradation interne ou contact intermittent qui n’apparaît qu’en température, après quelques minutes de fonctionnement.
Fuite à haute tension
Quelques volts contre des centaines
Isolement C-E correct sous la tension du multimètre, mais courant de fuite excessif à la tension de service.
Grille et commande dynamique
Visible seulement à la tension de commande
Fuite de grille à 15 V, charge de grille anormale, driver trop faible ou résistance de grille qui a dérivé.
Diode de roue libre
La chute directe ne dit pas tout
Diode antiparallèle dégradée en recouvrement inverse : échauffement et surtensions au blocage, malgré une lecture correcte.
Connexions internes du module
Usure par cycles thermiques
Fils de bonding décollés, brasures fatiguées : des défauts intermittents qui suivent les cycles de chauffe et de refroidissement.
Protection et circuit voisin
En dehors du composant
Protection DESAT, condensateurs d’amortissement, alimentation du driver ou mesure de courant défaillants : l’IGBT neuf claquera de nouveau.
Ce que vous observez, ce que cela indique
Les situations les plus fréquentes sur variateur et carte moteur, avec la vérification qui suit.
Une sortie à 0 V vers P ou N, dans les deux sens
IGBT ou diode du bras en court-circuit
Isoler le module ou le composant pour confirmer, puis chercher pourquoi il a claqué.
Diode dans un sens, OL dans l’autre
Normal au test statique
Passer à la grille, à la commande et, si la panne persiste, à l’essai sous charge.
Lecture qui monte lentement vers OL
Condensateurs du bus qui se chargent
Comportement normal : attendre la stabilisation avant de conclure.
Fusible ou disjoncteur qui saute à la mise sous tension
Redresseur, IGBT ou condensateur du bus en court-circuit
Tester le pont d’entrée et les trois bras avant tout nouvel essai.
Défaut de surintensité au démarrage du moteur
IGBT, driver, câble ou moteur à la masse
Moteur débranché, contrôler son isolement au mégohmmètre, puis les signaux de grille.
Moteur qui vibre ou perd une phase
Un bras ne commute plus
Vérifier à l’oscilloscope, avec une sonde différentielle, les signaux de grille et l’alimentation de chaque driver.
Bon à froid, défaut à chaud
Problème thermique
Pâte thermique, ventilateur, serrage, sonde CTN : contrôler le refroidissement avant le composant.
IGBT neuf détruit à la remise sous tension
Cause d’origine non traitée
Driver, moteur, freinage ou isolant : reprendre le diagnostic avant de remonter une pièce.
Un IGBT claque rarement seul
Remplacer le composant sans chercher la cause, c’est préparer la panne suivante dès la remise en service.
Changer le bras entier
Les deux IGBT d’un même bras, ou le module complet, par une référence identique : celui qui reste a encaissé le même court-circuit.
Contrôler chaque driver
Alimentations isolées (par exemple +15 V à la conduction, 0 V ou une tension négative au blocage), résistances de grille, Zener G-E, diode DESAT, optocoupleur.
Choisir un équivalent
VCES et IC au moins égaux, VCE(sat) au plus égal, diode intégrée si l’original en avait une, charge de grille et temps de commutation proches, même boîtier.
Soigner le montage
Isolant neuf, pâte thermique en couche fine, serrage au couple de la fiche, puis contrôle à l’ohmmètre de l’isolement entre dos métallique et dissipateur.
Remettre sous tension progressivement
Alimentation limitée ou lampe série quand la carte le permet, moteur débranché, puis charge croissante en surveillant la température.
Contrôler le côté machine
Isolement du moteur au mégohmmètre, câble et connexions ; sur un tapis de course, usure de la bande et du plateau, lubrification, et courant moteur comparé aux valeurs du fabricant.
Que concluez-vous de ces mesures ?
Six situations d’atelier sur IGBT et variateurs. Réfléchissez, puis ouvrez la réponse.
Variateur débranché, la sortie V affiche 0,000 V vers N, dans les deux sens. Que conclure ?
Un IGBT dessoudé affiche OL entre collecteur et émetteur dans les deux sens. Est-il coupé ?
Après la pile 9 V, C-E affiche 0,62 V, puis remonte seul vers OL en quelques secondes.
La diode d’un gros module affiche 0,25 V, contre 0,45 V sur un IGBT discret. Le module est-il en défaut ?
Toutes les mesures du pont sont correctes, mais le variateur déclenche en surintensité dès que le moteur démarre.
Le fusible d’entrée a fondu. Peut-on remettre sous tension après l’avoir remplacé ?
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Voir la formationTester un IGBT : vos questions
Comment tester un IGBT au multimètre ?
Pourquoi un IGBT ne devient-il pas passant au multimètre ?
Un IGBT peut-il être bon au multimètre et pourtant défectueux ?
Comment savoir si un module IGBT est en court-circuit ?
Quelle est la différence entre un IGBT et un MOSFET ?
Pourquoi un IGBT neuf claque-t-il à la remise sous tension ?
Peut-on remplacer un IGBT par une autre référence ?
Réparez-vous les variateurs et les cartes à IGBT ?
Un variateur ou une carte à IGBT en panne ?
Indiquez-nous la machine, la référence du variateur ou du module, le code défaut affiché et les mesures déjà faites, photos à l’appui : le devis de diagnostic vous parvient avant que la carte ne quitte vos locaux.
Contenu pédagogique : les valeurs citées sont des ordres de grandeur, à confronter à la fiche technique de chaque composant. Les essais sous tension sur variateur relèvent d’une personne qualifiée, équipée du matériel adapté. Schémas de principe.
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